Victor Hugo : Le dernier jour d'un condamné

24/02/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera probablement moins riche que les critiques les plus récentes ! 

Présentation et résumé

 Victor Hugo est un des plus célèbres écrivains français ; son œuvre est prolifique et accompagnée d'un talent certain, son style unique et inimitable, et sa maîtrise du récit une arme qu'il a su manier pour défendre les différentes causes politiques qu'il a activement soutenues durant sa longue vie (1802-1885).

Il s'est violemment porté à l'encontre de la peine de mort et Le dernier jour d'un condamné est le fruit de la réunion de ses convictions et de son talent ; ainsi, le récit est qualifié de '' plaidoyer, direct ou indirect [...] pour l'abolition de la peine de mort '' (G.Rosa). Cependant, l'idée initiale de Victor Hugo n'était pas de prendre ouvertement parti avec ce texte : il l'a dans un premier temps publié sans s'exprimer à son propos, afin de laisser ses lecteurs comprendre par eux-même le message.

Le dernier jour d'un condamné est le journal - fictif - laissé par un condamné à mort, relatant ses dernières heures de plus en plus agitées.

Analyse

Le dernier jour d'un condamné est un court roman. Le narrateur est le condamné, qui ne s'adresse pas directement au lecteur mais à son journal, relatant ses derniers jours comme s'il était seul. En effet, le protagoniste revient sur sa vie, sur ses mois en incarcération - il est historiquement vrai que certains condamnés à mort se voyaient accorder un sursis de six mois avant leur exécution, ce qui pouvait n'avoir comme effet que d'aggraver leurs souffrances.

 L'univers carcéral de l'époque est décrit très précisément et fidèlement : Victor Hugo s'est en effet rendu dans une prison avant d'écrire son livre, malgré son jeune âge à cette époque (il avait 26 ans lorsqu'il l'a commencé) : les gardiens ne sont pas franchement méchants, les prisonniers non plus. Le condamné est autant un sujet de compassion que de curiosité, comme si son statut le déplaçait de la race humaine ; c'est, du moins, ce que raconte le protagoniste.

 Ce héros, donc, qui a commis un crime méritant la peine capitale mais qui ne sera jamais explicitement évoqué - on ne saura jamais quel était ce crime -, n'éprouve pas spécifiquement de remords, et c'est là une force et un aspect étonnant du récit : au lieu de créer un personnage qui soit ou bien fier de ses actes, ou bien rongé par la peine et le regret, Victor Hugo nous présente un individu presque indifférent devant son crime puisqu'il ne pourra de toute manière pas revenir en arrière.

 Cette lucidité est peut être issue de son éducation : afin de toucher au plus près son lectorat, le héros du roman de Victor Hugo est assimilable au lecteur : bien éduqué, d'un milieu social aisé, il n'a pas d'antécédents criminels et cette condamnation lui tombe dessus comme une sentence divine ; qui pourrait prétendre ne jamais se retrouver dans cette situation ?

 En nous mettant possiblement à la place du condamné, l'auteur parvient donc à renforcer l'émotion qui imprègne les dernières pages du récit, qui deviennent plus troubles et confuses à mesure que l'esprit du condamné s'agite : ses pensées deviennent désordonnées et son unique obsession se tourne vers un vain espoir de sursis. Même un homme cultivé perd la raison face à sa mort.

 Ce héros, pourtant, ne semble jamais mauvais ; il n'est pas impoli avec ceux qui l'amènent chacun avec courtoisie vers son échafaud, il ne nourrit pas de pensées criminelles et paraît ne pas mériter la condamnation qui est la sienne.

 A travers ce texte puissant, Victor Hugo parvient donc, sans construire de plaidoyer explicite, à produire un témoignage incroyablement plausible qui de lui-même dénonce l'atrocité et l'inhumanité de la peine de mort.

Citations

Les mots manquent aux émotions.

Les hommes sont tous condamnés à mort avec des sursis indéfinis.

Qu'est-ce que la douleur physique près de la douleur morale !