Vais-je changer le monde en devenant végétarien ?

18/03/2016




Ceci n'est PAS un article de propagande. Presque pas.

Attends, mon pote. C'est écrit très précisément ici : "Tu ne tueras point." 

A mon avis il n'y a pas tellement besoin d'interpréter.

 Les textes prosélytes écrits par des végétariens, végétaliens ou vegans convaincus, appuyés par de solides arguments, ne manquent pas à la littérature de nos jours. Rassurez vous, vous n'êtes pas sur le point de lire un nouveau pamphlet ; je ne vous demanderai pas de renoncer à votre steak frite, et votre conscience sera saine et sauve lorsque vous aurez fini de lire l'article.

 Je n'écris donc pas pour d'autres végétariens, mais bien pour tous nos amis omnivores, afin de répondre à l'une des questions qui nous est presque systématiquement posée : pourquoi devenir végétarien ?

 Je ne vais ni aborder la question éthique, ni la question économique. Vous le savez, abattre nos amis les animaux dans des conditions abominables qui vous font détourner la tête quand on vous montre une vidéo d'abattoirs, c'est très méchant. Vous le savez, manger de la viande ce n'est pas économiquement viable et est une des raisons pour laquelle la faim dans le monde continue encore de nos jours. Pas besoin de répéter tout cela.

 Je vais donc essayer de vous expliquer pourquoi devenir végétarien, du point de vue d'un individu (vous et moi).

 Le principal argument que vous pourriez opposer à votre ami végétarien silencieusement en train de manger des frites pendant que vous croquez dans votre kebab, c'est que ce n'est pas une personne qui va changer le monde. C'est à ceci que je voudrais répondre.

 La puissance d'un individu est un sujet qui mérite d'être débattu ; on peut facilement se sentir impuissant et insignifiant face au système, et se laisser aller. Et pourtant, si notre société évolue, c'est plus souvent grâce aux mouvements sociaux qu'à cause d'une météorite qui s'écrase sur la terre (ça s'est produit une fois, mais pas tellement depuis). Et, en y regardant bien, les plus grands mouvements sociaux se composaient d'une myriade d'individus tout aussi impuissants que votre ami végétarien.

En France, une personne consomme l'équivalent de 100 animaux par an

 Le premier effet produit par votre ami végétarien est qu'il n'est pas responsable de la mort d'environ 100 animaux chaque année. 100 animaux pas achetés, c'est 100 animaux qui ne seront pas élevés l'année d'après, donc autant (100) d'animaux à qui on épargne une vie pas top et une mort encore pire. Quelles conséquences par rapport aux quantités colossales d'animaux tués par an (plus d'un milliard en France) ?
 Ce que le végétarien peut espérer, c'est de faire baisser ce chiffre autant que possible : un végétarien, c'est 100 animaux en moins par an ; 10, c'est déjà 1 000... Donc les un million huit cent milles végétariens de France sauvent, d'après mes calculs (enfin, ceux de ma calculette, moi je n'aurai pas réussi à calculer ça) 180 000 000 d'animaux chaque année. Vous pouvez vérifier, 100*1 800 000 = 180 000 000 (moi non plus je n'y croyais pas, j'ai refait le calcul plusieurs fois en comptant les zéros avec mes doigts).

  Un mouvement social en progression ?

 De plus, une petite étude sur les mouvements sociaux nous apprend qu'un individu a plus de chances d'adopter une idée nouvelle s'il est en contact avec un autre individu partageant cette idée : en clair, plus il y a de végétariens, plus le mouvement sera efficace.

 Le sociologue Pierre Devriendt m'a expliqué comment appliquer le modèle de BJ Fogg au végétarisme. Ce modèle, résumé par la formule B = MAT, montre que le Comportement (behavior) change lorsque trois facteurs sont réunis : une Envie (motivation, une prise de conscience), des Ressources (ability, compétences ou moyens techniques) et un élément Déclencheur (trigger, une prise de conscience) :

 Appliqué au végétarisme, écrit Pierre Devriendt, cela signifie que la motivation (ex : via des raisonnements centrés sur les dangers d'une alimentation trop carnée) restera insuffisante à déclencher un changement d'attitude si elle n'est pas accompagnée par une action sur les capacités (ex : l'éducation via des actions auprès des jeunes à l'école [ou] la présence généralisée de plats végétariens dans les menus des restaurants) mais aussi de façon opportuniste par l'utilisation d'un élément déclencheur répété et créateur d'émotions vives (ex : les images révoltantes des sévices sur les animaux en abattoir).

 En d'autres termes, le végétarisme est en train de suivre le schéma classique d'un mouvement social qui s'impose par la non-violence, un des moyens les plus sûrs d'obtenir des changements durables. Convaincus par induction (de proche en proche), les végétariens sont de plus en plus nombreux (tremblez, carnivores !) et permettent de plus en plus une réforme du modèle de consommation de viande actuel. Ainsi, en Israël, la population de végétariens a augmenté de 50% en un an ! (donc non, ça n'a pas doublé, et oui, j'ai vraiment été traumatisé par les maths au lycée).

 Bien entendu, le végétarisme est encore très largement minoritaire, représentant moins de 3% de la population française. Alors, pour changer le monde, pourquoi ne seriez vous pas le prochain ?*

*(Oui, j'avais dit qu'à la fin je vous laissais tranquilles. J'ai menti.)

Sources

A consulter si vous voulez plus de renseignements :

  • Sur le côté économique du végétarisme : la vidéo Quand la boucherie, le monde pleure de Data Gueule : https://www.youtube.com/watch?v=KriTQ0aTrtw

  • A propos de la masse critique, qui représente le seuil à partir duquel une minorité s'impose : https://www.ssc.wisc.edu/~oliver/PROTESTS/ArticleCopies/OliverMarwellCritMassI.pd

  • Pour calculer le nombre d'animaux que vous épargnez en étant végétarien : https://vegetariancalculator.com

  • Sur l'efficacité des mouvements sociaux : https://mobilizingideas.wordpress.com/2015/01/05/the-unseen-effectiveness-of-social-movements-and-protests/ (ce qui marche : https://www.citizenshandbook.org/movements.pdf ; et leurs différentes formes : https://www.uow.edu.au/~bmartin/pubs/06eolss.html)

 Enfin, merci à Pierre Devriendt pour ses renseignements d'une grande qualité et très intéressants !