Robert Louis Stevenson : Docteur Jekyll et Mister Hyde

19/06/2016

L'auteur et l'oeuvre

 Robert Louis Stevenson est un écrivain écossais né en 1850 et mort en 1894. Grand voyageur, il est surtout célèbre pour avoir écrit L'île au trésor (1883) qui met en scène l'aventure maritime du fameux pirate Long John Silver. Il a également écrit L'étrange cas du docteur Jekyll et Mister Hyde (1886).

 Docteur Jekyll et Mister Hyde, comme le titre est aussi parfois traduit, est un assez court roman, écrit dans un style journalistique, dans le but de créer une sensation d'objectivité. L'intrigue se concentre sur le cas de monsieur Hyde (n.b. : jeu avec l'anglais "hide", se cacher), un être difforme, nain, aussi repoussant qu'effrayant, qui semble avoir asservi le un homme de la bonne société anglaise, le docteur Jekyll.

Résumé et analyse

 La progression narrative du roman se fait au travers de l'enquête de M. Utterson, un avoué au visage sévère, que n'éclairait jamais un sourire. Monsieur Utterson mène une vie sociale respectée et compte un certain nombre d'amis, parmi lesquels le docteur Jekyll, dont il était un camarade durant ses années d'études. Il commence à s'intéresser réellement à l'affaire de mister Hyde lorsqu'il se rend compte que le petit homme, qui lui a été décrit en train de piétiner avec violence une jeune fille innocente, réside dans la maison du docteur.

 Nous sommes amenés d'étonnement en étonnement, et chaque chapitre révèle une nouvelle information capitale de sorte à ce que l'on imagine, tout au long du roman, diverses explications possibles. Peu à peu, on apprend que Hyde bénéficie d'une sorte d'immunité accordée par le docteur Jekyll, que le testament du docteur Jekyll lègue tous ses biens à monsieur Hyde, que la santé du docteur Jekyll se détériore...

 La narration est complétée par deux récits écrits à la première personne, celui du docteur Lanyon, un ami du docteur Jekyll, puis celui de Jekyll lui-même. On apprend ainsi que le Docteur Jekyll a en réalité réussi à se séparer en deux parties, l'une correspondant au docteur Jekyll, à savoir un homme urbain, bien éduqué, de belle prestance, investi dans sa carrière, et de monsieur Hyde, qui représente ses pulsions les plus destructrices, son envie bestiale de violence et de débauche.

 Cette séparation d'un individu en deux est l'objet même du roman, et s'intéresse à un sujet que les philosophes étudient depuis Socrate : l'apparente dualité de l'être humain, éternellement tiraillé entre le désir de rester un animal politique, à savoir un être s'insérant dans une communauté et en respectant les codes, et, de l'autre côté, la pulsion animale, les passions.

 Car c'est bien ce que représente monsieur Hyde : les passions à l'état pur, sans aucune inhibition, dans tout ce qu'elles ont de plus terrible et de plus fascinant. Bien entendu, si l'homme qui incarne les passions est un être difforme et dangereux, si le roman est écrit dans un style extrêmement objectif, presque à la manière d'un compte rendu d'enquête auquel seraient joints les deux derniers témoignages, on se doute que Stevenson est plutôt du genre à être partisan de la rationnalité et du contrôle de soi.

 Toutefois, lorsqu'il accorde la parole au docteur Jekyll, celui-ci écrit tout de même qu'il connut des moments de bonheur sans pareil lorsqu'il était sous l'emprise des passions, ce qui vient sensiblement relativiser l'aspect manichéen du roman.

 Quelle que soit l'orientation de l'auteur, la mort tragique du docteur Jekyll nous enseigne une leçon fondamentale : il ne faut pas tourner le dos définitivement aux passions, car elles représentent une partie intégrante de nous-même.

Citations

 Je m'étais parfois complu, dans ces moments de rêverie, à caresser l'idée d'une séparation possible entre les éléments constitutifs de l'être : le bien et le mal.

 L'homme est toujours double. Aujourd'hui encore, c'est tout ce que je peux dire sur ce sujet. D'autres me relaieront, me dépasseront dans l'exploration de ce domaine. Et j'ose presque affirmer que, plus tard, on ira plus loin. On démontrera que l'homme est finalement une synthèse de nombreux individus, tous différents et indépendants les uns des autres.

 Réprimer la curiosité est une chose. Mais la vaincre en est une autre.