René Barjavel : La faim du tigre

15/05/2016

L'auteur et l'oeuvre

 René Barjavel est un écrivain et journaliste français né en 1911 et mort en 1985. Il est surtout connu pour les nombreux romans de science-fiction et d'anticipation qu'il a écrits, qui sont souvent chargés d'un certain questionnement philosophique. Certains thèmes reviennent de manière récurrente, notamment la peur que la technologie dépasse l'homme. Il est surtout connu pour La nuit des temps (1968), Ravage (1943) ou encore Le grand secret (1973).

  La faim du tigre (1966) est un essai, dans lequel Barjavel livre les réflexions qui l'ont préoccupé tout au long de sa vie et qui constituent le coeur de son oeuvre. Tous les thèmes développés dans les pages du livre apparaissent, un moment ou un autre, dans plusieurs de ses autres romans. 

Résumé et analyse

 Barjavel précise qu'il n'entend pas proposer de réflexion philosophique : malgré quelques arguments novateurs et intéressants, il ne se présente pas comme celui qui a la réponse, mais celui qui pose les questions. Il s'agit donc d'un texte propice à susciter la réflexion du lecteur, ce qui n'est pas sans intérêt. Toutefois, on pourra remarquer que le recueil ressemble plus à un ensemble de réflexions regroupées, sans réel liant argumentatif, ce qui n'est pas nécessairement au goût de tous - pas du mien, par exemple.

 Les sujets abordés sont donc liés aux étapes cruciales de la vie : la vie, la mort, la sexualité, la science et la religion.

 L'essai s'ouvre sur un long développement à propos de la vie, sa reproduction et son développement, avec une approche très scientifique, assez peu captivant à mon goût. La conclusion de cette séquence est néanmoins intéressante, et justifie le titre du livre : La faim du tigre est comme la faim de l'agneau. C'est la faim naturelle et implacable, mais douloureuse, de vivre.

 Il développe par ailleurs une réflexion assez intéressante sur la guerre : La guerre est un phénomène de compensation intégré au processus vital de l'espèce humaine par une loi ou - c'est la même chose - une volonté d'équilibre, pour corriger l'inefficacité d'agression des autres espèces.

 Ensuite, Barjavel propose quelques réflexions assez intéressantes sur la religion, sur ce qu'ont de (et en) commun les différentes religions. Il ne s'agit pas d'un essai de religion comparée, cependant, et cette réflexion peut peut-être parfois manquer de fondement. Ce qu'il pense, en tout cas, c'est que tout le monde doit être en mesure de lire la Bible, que l'herméneutique ne doit pas rester aux mains d'un groupe d'intellectuels théologues.

 Ce sont de nombreuses réflexions, difficiles à reprendre dans une critique puisque sans réelle suite logique, qui sont proposées dans le roman. Si vous désirez en savoir plus sur chacune de ces réflexions, je vous encourage à vous rediriger sur la page https://barjaweb.free.fr/SITE/ecrits/Tigre/tigre.php , certes pas très agréable à lire mais néanmoins complète et avec une analyse rigoureuse et assez juste.

Points positifs

 Un certain nombre d'idées intéressantes, qui suscitent la réflexion du lecteur.

Points négatifs

 La faim du tigre est un essai qui a certaines longueurs, tous les passages ne sont pas pareillement intéressants. De nombreuses répétitions qui viennent alourdir une réflexion dont on ne voit pas toujours où elle veut en venir. Une forme assez rebutante, en définitive, qui gâche un fond qui est toutefois d'un certain intérêt. De ce fait, on ne sait comment classer cet essai, qui n'a pas la rigueur d'un essai philosophique, mais qui ne se lit pas comme un roman.

 Barjavel a écrit : "Je donnerais tous mes autres livres pour celui-ci" ; pas moi.

Citations

 Cette entité, à laquelle se réfèrent les esprits rationnels pour expliquer l'inexplicable, ressemble beaucoup à un dieu dont on n'ose pas dire son nom, et qu'on a amputé de toute volonté et de tout esprit d'initiative.

 Il existe peut être un autre moyen de savoir. C'est de renoncer à connaître, et de chercher à comprendre.

 Le lièvre a de grandes oreilles. De récentes études comportementales ont démontré que toute sa vie était déterminée par la peur. Le lièvre n'existe que pour être tué, et il semble qu'il le sache.

Dieu n'est pas bon non plus. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le monde pour se rendre à l'évidence. C'est la contradiction entre cette évidence et le bon Dieu vanté par des propagandistes puérils qui multiplie les incroyants.