Régine Piétra : La Chine et le confucianisme aujourd'hui

13/02/2016

Un essai passionnant sur les philosophies orientales

 L'auteur

 Régine Pietra est une philosophe française, professeur de philosophie à l'université de Grenoble. Elle a notamment écrit Sage comme une image, figures de la philosophie des arts (1992) ainsi que Les femmes philosophes dans l'antiquité greco-romaine (1997) et La Chine et le confucianisme aujourd'hui (2008).

Résumé

 Note : Il s'agit d'un essai conduit selon une trame qui me semble assez intéressante. Je vais donc, dans cet article, en rédiger un abstract qui sera complété par une fiche plus détaillée pour ceux qui veulent plus de détails.

 La Chine et le confucianisme aujourd'hui est un essai qui retrace l'histoire du confucianisme, le compare à deux autres philosophies (ou sagesses) majeures d'Asie, à savoir le taoïsme et le bouddhisme (l'hindouisme n'est que brièvement abordé), et enfin essaie de déterminer si le confucianisme est encore viable de nos jours. En bref, c'est un texte extrêmement dense, qui nous fait faire un tour d'horizon des grands courants de la pensée chinoise.

  • Le Confucianisme

 Développé d'après les enseignements de Confucius, un penseur chinois qui a vécu autour de 550 avant Jésus Christ, le confucianisme est surtout une morale et une politique dont les principes sont écrits dans les Entretiens de Confucius. Une maxime pour le décrire serait : "Qui veut gouverner doit d'abord se gouverner soi-même." Ses principes sont le respect des anciens et des traditions, ainsi qu'un très fort sens moral.

 Les vertus fondamentales du sage confucéen sont l'urbanité, la politesse, la bienséance, la maîtrise de soi et l'altruisme.

  • Le Taoïsme

 Le Taoïsme est une philosophie qui nous vient de Lao Tseu, et est exposée dans le Tao Te King. Elle s'axe autour d'un principe, le Dao (ou Tao), que l'on ne peut définir mais que l'on doit comprendre en le vivant. C'est donc avant tout un art de vie, pour lequel le sage taoïste doit imiter la Nature, et respecter le wou wei (que l'on traduit maladroitement par "laisser faire", mais qui véhicule plutôt l'idée de respecter l'ordre des choses) : "C'est par le sans désir et la quiétude que l'univers se règle de lui-même" (Tao Te King, chap XXXVII).

 Ses vertus fondamentales sont l'humilité, la pauvreté, la modération, le pacifisme et la soumission au destin.

 Pour Régine Piétra, cette doctrine n'a plus de valeur aujourd'hui dans un monde trop individualiste où quiconque serait passif se ferait dominer et exploiter par tous.

  • Le Bouddhisme

 La philosophie dérivée de Bouddha est exposée dans le Sermon de Bénarès, dans lequel Bouddha a exposé les quatre vérités qui doivent mener à l'éveil (le nirvana) : pour faire court, la vie est souffrance et imperfection, le monde est impermanent et nous sommes animés de sentiments tels que le désir et la peur de la mort parce que nous l'ignorons. Il faut parvenir à dépasser ces considérations, et à comprendre que l'idée du Moi n'existe pas (ceci est un résumé très très synthétique, il y a en réalité des concepts philosophiques assez compliqués à admettre que je ne peux exposer en cinq lignes).

  • Caractéristiques principales de la philosophie chinoise

 D'une manière générale, la philosophie chinoise est plus proche d'une sagesse que de la philosophie comme nous pouvons l'entendre aujourd'hui ; elle est par conséquent plus proche également de la philosophie des grecs antiques, qui avait avant tout pour but de nous aider à mieux vivre notre vie. Elle se fonde autour d'un respect des autres et d'une harmonie avec la Nature et avec les hommes.

 La pensée chinoise, donc, repose sur :

  • l'idée de mouvement et d'impermanence du monde (illustrée notamment par le concept de Dao) ;

  • une vision unifiante qui repose sur une union entre l'homme et la nature, le savoir et l'action.

  • la valorisation de l'intuition : les lettrés chinois préfèrent l'art à la science, à l'inverse de certains penseurs européens depuis la Renaissance (par exemple, Descartes). L'érudition n'est pas un idéal.

  • le fait que la philosophie doit être une éthique avant tout : la morale est bien plus importante que la métaphysique, d'où l'importance de l'idée de bienveillance (ren).

  • une philosophie de la vie essentiellement optimiste, qui pense soit que l'homme est bon, soit que l'éducation le rendra bon.


  • Une (très) brève histoire du confucianisme

 Le confucianisme est donc né vers 550 avant Jésus Christ. Il a été prédominant en Chine jusqu'à l'arrivée du Bouddhisme, puis a retrouvé son importance aux alentours de 1000 quand les chinois ont redécouvert les textes anciens et ont eu une nouvelle approche de Confucius.

 Il a ensuite connu des évolutions, a été porté par de grands penseurs qui tous en avaient une vision différente. En 1911, l'effondrement du régime impérial chinois entraîne la chute du confucianisme. Le courant philosophique n'a toutefois pas été abandonné, et de nombreux penseurs continuent de le défendre, d'essai de le renouveler, de l'actualiser : on appelle ce renouveau le néoconfucianisme, ou plutôt les néoconfucianismes puisqu'il en existe différents types.

 Pour citer Régine Piétra, le néoconfucianisme peut amener "l'intuition d'un savoir qui permettrait de sortir d'un rationalisme étriqué".

A retenir

 La Chine et le confucianisme aujourd'hui est un essai extrêmement documenté. La grande clarté de sa structure et la prose limpide nous permettent de comprendre aisément le propos de l'auteur, qui offre dans cet essai de nombreuses réflexions très intéressantes.

 Si vous doutez encore que les sagesses orientales ont beaucoup à nous apprendre, je vous conseille de vous diriger vers la fiche (à venir) ou d'aller consulter le livre : résumer autant d'idées dans un aussi court article me force, nécessairement, à passer à côté de nombreux éléments extrêmement intéressants.