Oliver Sacks : L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau

27/08/2016

L'auteur

 Oliver Sacks est un médecin et neurologue britannique, né en 1933 et mort en 2015. Il a écrit de nombreux ouvrages de vulgarisation médicale, rendant des études cliniques accessibles à un public non spécialisé. Il a notamment écrit L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985) et Musicophilia (2008). 

L'oeuvre

 L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau est un recueil de cas cliniques présentés, analysés et commentés, de manière accessible au grand public mais avec un jargon technique suffisamment étoffé pour qu'un spécialiste y trouve son compte - ou, du moins, une partie de ce qu'il peut vouloir.

 Le livre décrit ainsi 24 cas, répartis dans 4 sections, selon l'affliction concernée : perte, pour tout ce qui concerne la perte d'une faculté ou d'un membre ; excès, lorsqu'une fonction est plus active que la norme ; transport, lorsqu'une fonction est transposée à une autre (cela se traduit souvent par des visions et hallucinations, par exemple) et enfin le monde du simple d'esprit, présentant des patients autistes ou retardés mentaux.

 Dans chacun des cas, ce qui frappe tout particulièrement, c'est la présence de Oliver Sacks, le lien réel qu'il décrit avec les patients, une sorte de bonté que l'on sent transparaître dans ses écrits. En aucun cas il ne s'agit du bilan d'un dossier médical, mais bien toujours de celui d'un patient, d'une personne humaine souffrant d'un mal qu'il essaie de soigner ou, au moins, de comprendre.

 En effet, un certain nombre - si ce n'est la plupart - des patients qui figurent dans le livre ne voient pas leur situation s'améliorer, et Oliver Sacks ne se prive pas, lorsqu'il n'y a pas d'espoir pour un retour à la normale, de l'écrire. En cela, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau peut parfois être très émouvant.

 Etonnant, aussi, par certains des syndromes qui sont décrits. Nombre de curiosités que nous n'aurions jamais soupçonnés : cet homme qui sait au fond de lui-même que sa femme n'est pas un chapeau, mais qui éprouve tout de même une terrible envie de s'en coiffer la tête ; une femme qui, puisqu'elle a perdu la "proprioception" (le sens de la propriété de son corps), ne peut plus contrôler ses membres si elle ne maintient pas avec eux un contact visuel en se persuadant qu'ils sont siens ; ces autistes d'un âge mental de 8 ans (selon les tests) auxquels Sacks découvre un potentiel artistique et émotionnel inoui.

 Tous ces épisodes sont écrits avec beaucoup de lyrisme, et inspirent à Sacks des réflexions sur la valeur de la vie et de l'intégrité de l'être. Médecin, humaniste et poète, Sacks s'efforce, à travers cet ouvrage, de nous faire comprendre que même si certains n'ont pas un esprit sain dans un corps sain, leur vie peut être heureuse et ne doit pas être négligée.

Citations

 Si un homme a perdu un œil ou une jambe, il sait qu'il a perdu un œil ou une jambe ; mais s'il a perdu le soi - s'il s'est perdu lui-même -, il ne peut le savoir, parce qu'il n'y a plus personne pour le savoir.

 Chacun d'entre nous est une biographie, une histoire, un récit singulier, qui s'élabore en permanence, de manière inconsciente, par, à travers et en nous - à travers nos perceptions, nos sentiments, nos pensées, nos actions ; et également par nos récits, nos discours. Biologiquement, physiologiquement, nous ne sommes pas tellement différents les uns des autres ; historiquement, en tant que récit - chacun d'entre nous est unique.

 La science classique n'a rien à dire sur le concret ; quant à la neurologie et à la psychiatrie, elles le tiennent pour banal et insignifiant. Il faudrait une science « romantique » pour lui rendre justice - pour en apprécier à la fois les pouvoirs extraordinaires... et les dangers : avec les simples d'esprit, nous entrons de plain-pied dans ce concret, le concret pur et simple, dans son intensité sans réserve.