Molière : Le misanthrope

08/12/2015

Présentation et résumé

 Molière est un dramaturge, comédien et poète français, né en 1622 et mort en 1673. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains de la culture française et occidentale, et ses pièces de théâtre sont encore largement jouées et étudiées de nos jours. Il est reconnu pour son grand sens de la satyre et a dénoncé beaucoup de travers de la société de son époque. Parmi ses œuvres les plus connues, on peut citer L'avare, Le Tartuffe ou encore Le malade imaginaire.

 Le Misanthrope ou l'atrabilaire amoureux est une comédie en 5 actes qui met en scène une petite dizaine de personnages dans une cour (dont il est précisé qu'elle se situe à Paris), des nobles qui se connaissent visiblement tous entre eux. Alceste, le misanthrope, nourrit un profond mépris pour ses contemporains qui ne savent que flatter en présence de la personne pour médire ensuite lorsqu'elle part ; il est épris de Célimène, une jeune femme qui présente tous ces défauts, et qui entretient beaucoup d'amants.

Analyse

 Dans la scène d'exposition, Alceste exprime de manière claire les raisons du mépris qu'il nourrit envers ses contemporains, et explique que la raison ne commande pas l'amour qu'il a pour Célimène, dont il est très épris.

 Eliante, cousine de Célimène, représente tout ce qu'Alceste admire : elle est droite, honnête, intelligente ; elle est éprise d'Alceste, qui n'envisage tardivement de la considérer que pour se venger de ce que lui fait subir Célimène.

 En fin de compte, lorsqu'Alceste est réellement débouté par Célimène, qui ne parvient pas à faire un choix entre les quatre amants qui viennent réclamer une preuve de son amour, il offre son cœur à Eliante qui, entre temps, a trouvé un autre homme, qui est le seul ami d'Alceste. Celui-ci n'en prend cependant pas ombrage et, bon perdant, accepte sa solitude en concluant :

Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.


 Toutes ces intrigues servent de toile de fond à une critique acerbe et ironique de la société de Molière, dans laquelle les usages de la cour imposent la flatterie et bannissent l'honnêteté. Ainsi, pour avoir clairement dit à un noble que les vers qu'il avait composés étaient très mauvais, Alceste se voit jugé et est condamné, dans le procès, à reconnaître que les vers sont de bonne qualité : une sentence parfaitement insensée qui souligne l'absurdité de la Cour.

 Le fait qu'Alceste, personnage central de la pièce, soit rejeté par les deux femmes, est sans doute un moyen pour Molière d'éviter que sa pièce ne soit censurée - comme l'on été beaucoup d'autres. En effet, on peut avoir une double lecture de la pièce, selon le point de vue que l'on adopte : soit on pense Alceste ridicule dans sa misanthropie, et on en conclut qu'il est bien normal qu'il finisse seul (cette vision est cependant peu probable) ; soit on considère qu'il est impossible de vivre à la Cour en étant honnête puisqu'il s'agit d'un gouffre où triomphent les vices.

 Dans une scène remarquable (acte 1, scène 2), Alceste donne des conseils d'une incroyable justesse à celui qui lui demande des compliments à propos de ses sonnets... Une belle leçon d'écriture que nous propose ici Molière ! (cf citation 2)

Le misanthrope est une pièce extrêmement intéressante, qui aborde de  nombreux sujets polémiques, avec humour et avec une maîtrise parfaite du déroulement de l'intrigue.

 J'ajouterai enfin que l'édition dont la couverture vous est montrée, Les classiques Hachette, est d'une grande qualité, proposant des pistes de réflexion après chaque scène - et pas des analyses imposées. Idéal si l'on ne veut pas passer à côté des subtilités de la pièce.

Citations

Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.

Ce style figuré, dont on fait vanité,
Sort du bon caractère et de la vérité :
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure,
Et ce n'est point ainsi que parle la nature.