Joseph Kessel : La vallée des rubis

16/04/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera probablement moins riche que les critiques les plus récentes ! 

Présentation et résumé

Aventurier, journaliste, grand reporter et, (enfin), écrivain français, Joseph Kessel a dans sa vie vécu un certain lot d'aventures qu'il a su habilement raconter une fois revenu en France. D'origines cosmopolites, passant son enfance aussi bien en Oural que dans le Lot-et-Garonne, il a développé très tôt un goût du voyage qui, couplé à des études de lettres classiques, lui ont permis d'écrire des récits sur ses expéditions incroyables.

 La vallée des rubis n'est pas le roman le plus connu qu'il ait écrit, loin de là ; Le Lion ou encore Belle de jour lui volent cet honneur. Racontant un voyage en Birmanie, ce court roman (environ 250 pages) possède toutefois une poésie et un charme indéniable qui en font un ouvrage fort intéressant et qui arrive, grâce au raffinement des détails, à plonger le lecteur au cœur même de l'Extrême-Orient.

Analyse

Le roman démarre extrêmement rapidement ; l'essentiel de l'action, ce qui intéressait sans doute Joseph Kessel, se trouvant à des milliers de kilomètres de Paris, les vingt premières pages ne servent qu'à présenter les personnages et à nous faire comprendre l'enjeu du récit : il s'agit d'aller à Mogok, en Haute-Birmanie, en compagnie de l'un des marchands de pierres précieuses les plus influents de Paris. En effet, Mogok, d'après Joseph Kessel du moins, est l'endroit d'où proviennent tous les rubis qui circulent à ce jour dans le monde.

Une fois arrivé, après un voyage long et compliqué - le livre ayant été publié en 1955, les moyens de transports sont bien plus rudimentaires que ceux que nous empruntons -, Joseph Kessel décrit avec beaucoup de détails et de poésie la ville et ses environs. C'est, en fait, l'essentiel du roman ; l'intrigue n'est que peu présente - et c'est là, peut être, un des reproches que l'on pourrait adresser à l'ouvrage -, mais il semble assez clair que ce roman n'est pas tant un roman d'aventure qu'un carnet de voyage, aussi ce dernier détail ne m'a-t-il pas dérangé.

Les habitants, les mines, les pierres précieuses et les rituels qui entourent leurs transactions, ainsi que l'histoire de la Haute-Birmanie, tous ces éléments nous sont contés avec douceur et, constamment, avec un émerveillement que Joseph Kessel ne cache pas.

Une des grandes forces de ce roman est de nous éclairer sur une partie du monde que nous ne connaissons que trop peu, et qui semble pourtant receler d'innombrables richesses - et il ne s'agit pas ici des rubis, mais bien plutôt des habitants et de leur attitude qui, en toute circonstance, semble remplie d'une « sagesse orientale », d'une douce aménité.

Le portrait que Kessel dresse de la ville est relativement complet : on se fait une idée de son apparence, on connait le nombre de ses habitants, lesquels sont les plus influents et pourquoi. Les principaux peuples qui l'habitent nous sont présentés au travers de personnages hauts en couleur, que ce soient le vieux Sikh ou l'ancien officier britannique dont la seule occupation consiste à entretenir un magnifique domaine.

Si l'une des toutes premières phrases du roman (voir citations, il s'agit de la première) est d'une magnifique sensibilité, on peut toutefois déplorer que le reste du récit ne soit pas aussi soigné. Quelques placements de virgule à des moments qui - me - semblent inopportuns peuvent - me - faire tiquer, sans toutefois gêner la lecture, et la plus belle phrase de ce livre est, en définitive, l'une des premières, ce qui est légèrement regrettable. Surtout, ce qui a pu me déranger était l'usage des points de suspension, que j'ai toujours trouvés relativement inélégants ; employés de manière récurrente, ils finissent par se montrer quelque peu dérangeants durant la lecture.

Cependant, l'ensemble décrit un si bel univers que, à défaut d'être dans l'écriture, la poésie de La vallée des rubis se retrouve dans son contenu.

Citations

Le ciel de Paris touchait presque l'ardoise luisante des toits.

Il disait que les pierres précieuses à l'état brut lui faisaient penser aux femmes arabes dont on ne sait vraiment si elles sont belles que leur voile enlevé.

Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues.