Jean-Paul Sartre : L'existentialisme est un humanisme

03/06/2015

Présentation et résumé

Jean-Paul Sartre est un écrivain et philosophe français, né en 1905 et mort en 1980. Il est notamment connu pour avoir été le représentant du courant philosophique existentialiste. Ecrivain prolifique, il a publié de très nombreux textes dans divers les registres : son œuvre compte ainsi de célèbres pièces de théâtre - Huis clos, Les Mouches -, des romans - La nausée, L'être et le néant - et des essais - L'existentialisme est un humanisme, Les chemins de la liberté. Il a par ailleurs mené une activité politique, refusant par exemple le prix Nobel de littérature en 1964 et dirigeant le journal Libération.


 L'existentialisme est un humanisme est la retranscription d'une conférence qu'il a donnée en 1945, intitulée L'existentialisme est-il un humanisme ?. L'existentialisme a été une théorie largement critiquée et Sartre voulait essayer de répondre à ses détracteurs grâce à cette conférence ; on peut d'ailleurs lire à la fin de ce court fascicule un intéressant débat entre Sartre et un communiste, qui permet de comprendre les tensions naissant autour de cette doctrine.

Cette fiche de lecture sera plus longue que les autres car je souhaiterais essayer de mieux rentrer dans l'oeuvre pour en permettre une compréhension des plus détaillées.

Analyse

Contexte

La préface de mon édition, écrite par Arlette Elkaïm-Sartre, fille adoptive de Jean-Paul Sartre, précise que cette conférence ne présente qu'une ébauche de la pensée de Sartre, qu'elle a été donnée dans un contexte quelque peu précipité et que certains aspects de la réflexion n'ont pas eu le temps de mûrir suffisamment. Cependant, le livret reste intéressant pour comprendre en général l'existentialisme.

Critiques de l'existentialisme

Les critiques portées contre l'existentialisme sont les suivantes :
-il inviterait les hommes au pessimisme, à l'inaction ;
-il souligne les côtés les plus négatifs - « hideux » - de la nature humaine ;
-on lui reproche de nier la valeur de l'entreprise humaine en supprimant les commandements de Dieu ;
-enfin, il est dit que l'existentialisme enferme l'homme dans sa subjectivité individuelle - qu'il le coupe du monde.

Définition de l'existentialisme

 L'existentialisme est une théorie selon laquelle l'homme se définit d'abord par ses actions et donc peut faire de lui-même ce qu'il entend : nul n'est pas assez doué pour écrire un livre ; Sartre parle ici de mauvaise foi et d'excuses que l'on se trouve pour justifier notre manque d'ambition. Pour Sartre, l'existence précède l'essence : nous sommes ce que nous sommes (c'est à dire, notre essence) non pas dès la naissance, mais au fur et à mesure de notre vie, de nos choix et de nos actions. Autrement dit : « L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut ».

 Pour rappel, l'humanisme se caractérise quant à lui par une foi en l'homme ; on voit donc comment Sartre doit donc ici montrer que les deux théories ne sont pas contraires, mais complémentaires.

Réponse aux critiques

 Par rapport au pessimisme et à l'inaction : si l'homme est responsable de ce qu'il est, et que, de plus, chacun de ses choix influe sur la communauté qui l'entoure, on pourrait supposer que le poids de la responsabilité le conduise à l'inaction. Mais pour Sartre, cette angoisse n'est autre que la condition même pour prendre un choix : la responsabilité que l'on porte implique que l'on envisage plusieurs possibilités, que l'on réfléchisse à celle qui sera la meilleure et que l'on fasse, au final, le choix qui nous semble le plus judicieux. On accuse également l'existentialisme d'amener au désespoir ; il s'agit en fait de compter avant tout sur ce qui dépend de soi que sur les autres - comme le disait Descartes, « Se vaincre plutôt soi-même que le monde ».

 Il répond ensuite à la critique sur la nature humaine en déclarant simplement qu'il pense qu'il n'y a pas de nature humaine. L'homme est ce qu'il fait, Proust n'est rien sans les œuvres de Proust et on ne va pas attribuer à son voisin le mérite qu'il aurait pu faire la même chose que Proust, mais qu'il ne l'a simplement pas fait. Il s'agit donc en fait plutôt d'une dureté optimiste que d'un pessimisme, estimant que chacun a la possibilité de se grandir en choisissant de faire de grandes choses.

 Quant à la dernière critique, à propos du repli de l'homme sur lui-même, Sartre dément encore une fois fermement : l'homme se choisit par rapport aux autres et n'existe qu'à travers eux, donc il s'agit au contraire d'une philosophie qui doit inciter l'homme à s'ouvrir sur les autres ; dans tous les choix qu'il fait, déterminant sa morale, il se détermine par rapport aux autres.

Compléments

 Une objection que l'on soulève en général immédiatement après avoir été introduit auprès de l'existentialisme serait la suivante : il est aisé pour Sartre, né dans une famille bourgeoise, ayant reçu une bonne éducation et n'ayant eu d'autre préoccupation de s'instruire et de réfléchir durant sa vie, de mettre l'homme face à lui-même et de lui dire, objectivement et froidement, vous êtes ainsi et c'est uniquement votre faute.

 Cependant, de nombreux exemples montrent que ce n'est pas à cause d'un milieu social défavorisant que l'homme devient mauvais ; certaines personnes sont d'une incroyable bonté et font preuve d'efforts acharnés même dans la pire des misères, et d'autres ''gâchent'' une vie qui se serait pourtant annoncée aisée. ( N.B. : il s'agit ici de réflexions personnelles, ce sujet n'est pas abordé dans le livret).

Citation

Un tempérament ce n'est pas un acte.

(ceci signifie qu'un homme ne naît pas lâche, même si il est indéniable qu'il est né de tempérament doux ; on n'est pas lâche par nature mais par ses actes).