Jean-Paul Sartre : La nausée

25/06/2015

Présentation et résumé

J ean-Paul Sartre est un écrivain et philosophe français, né en 1905 et mort en 1980. Il est notamment connu pour avoir été le représentant du courant philosophique existentialiste. Ecrivain prolifique, il a publié de très nombreux textes dans divers les registres : son œuvre compte ainsi de célèbres pièces de théâtre - Huis clos, Les Mouches -, des romans - La nausée, L'être et le néant - et des essais - L'existentialisme est un humanisme, Les chemins de la liberté. Il a par ailleurs mené une activité politique, refusant par exemple le prix Nobel de littérature en 1964 et dirigeant le journal Libération.

 La nausée est son premier roman, paru en 1938. Il présente la doctrine philosophique de l'existentialisme de manière romancée, sous forme d'un journal tenu par un personnage fictif, Antoine Roquentin. Solitaire, misanthrope et probablement dépressif, Antoine Roquentin consigne dans ce journal ses réflexions ; on peut ainsi suivre l'évolution de sa pensée - et de celle de l'existentialisme.

Analyse

 Au tout début de l'ouvrage, une '' note de l'éditeur '' indique que les feuillets qui suivent ont été retrouvés parmi les papiers d'Antoine Roquentin, et qu'ils ont été fournis sans ne rien changer. Ensuite, dans le premier feuillet - sans date, mais que l'on sait dater d'avant le reste du carnet -, un accord tacite est posé : le narrateur doit s'efforcer de décrire précisément ce qu'il voit, sans dramatiser ou influencer.

 Ces deux premières informations sont très importantes pour mieux comprendre la forme du récit : il s'agit d'un contrat passé entre l'écrivain et le lecteur. Il faut que le lecteur accepte de croire qu'il s'agit d'un vrai homme qui raconte ses vraies impressions. Ainsi, l'essentiel du texte pourra être compris.

 Roquentin est un personnage solitaire, qui méprise les autres et, comme tout misanthrope au fond de lui-même, les envie par moments sans se l'avouer. Il aimerait assurément faire partie de ceux qu'il méprise, les Salauds, qui font semblant de vivre, qui font semblant d'exister. L'existence est en effet le problème central que se pose le héros.

 Il tient en effet ce journal pour essayer de comprendre un changement qui lui semble mystérieux, un changement dans la perception qu'il a du monde. Il s'est rendu compte, en effet, de sa pensée, cette ''espèce de rumination douloureuse''.

 Cependant, il comprend que cette pensée n'est qu'une manifestation de lui-même, de sa conscience, de son Moi. Il est alors amené à exprimer l'opposition entre vivre et exister, entre ce qu'il pensait être des aventures et ce qui est, en vérité, du néant. Les hommes ne sont pas comme ces arbres dont les existences ne sont que ''tant d'existence manquées et obstinément recommencées et de nouveau manquées'', les hommes possèdent une liberté: ''l'existence est un plein que l'homme ne peut quitter''.

 Autrement dit, l'Homme est seul maître de son existence ; c'est lui, ses actions et ses choix, qui le définissent. Par cette raison, il connaît une liberté qui est en même temps une contrainte puisqu'elle implique des responsabilités. C'est ceci qui est dur à accepter, qui lui donne la nausée : la conscience de son état d'existant.

 Il s'agit, en fait, des prémices de la philosophie de l'existentialisme. Pour plus d'informations sur le développement de cette doctrine, vous pouvez lire au fascicule L'existentialisme est un humanisme (de Sartre également), ou ma fiche sur le sujet.

 Je tiens enfin à aborder rapidement trois autres points à propos de La nausée.

 Le premier concerne un caractère commun à la majorité des autres personnages qui composent le roman : ils sont, pour la plupart, en couple. Non pas nécessairement en couple au sens propre du terme, même si Roquentin parle beaucoup des couples qu'il rencontre - avec autant de mépris que d'envie, devine-t-on - ; ils sont, pour la plupart, à deux (voir première citation). Et, au final, Roquentin essaie de former un couple bien étrange avec l'Autodidacte, un étrange personnage qui a pour projet de s'instruire de manière exhaustive, en lisant tous les ouvrages de la bibliothèque dans l'ordre alphabétique.

 Cet autodidacte est un humaniste et, dans une discussion qu'il a avec Roquentin, on peut voir quelle différence il y a entre sa conception de l'homme et celle de l'existentialiste. Là où l'Autodidacte (et l'humaniste) voient dans un vieil homme l'Homme mûr, la figure du vieil homme qui accepte avec courage et sagesse son déclin, Roquentin (et l'existentialiste) choisissent plutôt de voir que c'est un salaud. Ici encore, l'essence précède l'existence (encore une fois, voir L'existentialisme est un humanisme) : ce n'est pas parce que c'est un vieil homme qu'il est sage et respectable, il faut avant tout savoir qui il est avant d'en décider.

 Enfin, je souhaite évoquer une très belle scène dans le musée, dans laquelle le personnage livre une description de certains tableaux représentant des hommes locaux, qui ont contribué à la grandeur de la ville. Cette scène m'a particulièrement touchée car on peut voir dans cette description la profondeur, l'histoire de chacun de ces hommes ; à partir de peu d'indices, d'un regard, de la composition, il déduit une histoire de tous ces hommes.

Citations

Eux aussi, pour exister, il faut qu'ils se mettent à plusieurs.

Un mètre cinquante trois ! [...] Le destin des hommes de cette taille se joue toujours à quelques pouces au dessus de leur tête.

Car un droit n'est jamais que l'autre aspect d'un devoir.