Italo Calvino : Le vicomte pourfendu

25/06/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera probablement moins riche que les critiques les plus récentes ! 

Présentation et résumé

Italo Calvino est un écrivain et philosophe italien du XXème siècle. C'est un théoricien de la littérature, un écrivain réaliste et un fabuliste ; sa production très riche le place parmi les plus grands italiens de la période moderne. Il est notamment l'auteur de la '' trilogie héraldique '' intitulée Nos ancêtres, qui comprend Le Vicomte pourfendu, Le Baron perché et Le Chevalier inexistant.

 Le Vicomte pourfendu est donc le premier titre de cette trilogie. Il s'agit d'un conte relativement court, d'une centaine de pages, dans lequel on peut reconnaître un hommage à Voltaire - il s'agit, comme pour Candide, d'un conte philosophique se déroulant au XVIIIème siècle, avec un narrateur naïf. Le narrateur est en effet un enfant d'une dizaine d'années qui raconte, sans vraiment le comprendre, l'histoire de son oncle le Vicomte, fendu en deux par un boulet de canon.


Analyse

 L'histoire commence en racontant une guerre contre les Turcs qui semble bien absurde : le manque de moyens, le peu d'égard envers les blessés et le déroulement désorganisé de la bataille montrent une sévère critique de cette guère. On peut y reconnaître, d'ailleurs, une nouvelle référence à Candide dans lequel une des étapes de l'action est la guerre entre deux rois voisins, une guerre que nul ne comprend et qui semble bien désorganisée également.

 Lors de cette guerre, le Vicomte Médard de Terralba est touché par un boulet de canon et se trouve fendu en deux ; lorsqu'il revient dans son domaine natal, à Terralba, il paraît complètement fou et surtout démoniaque. On en vient vite à la conclusion : C'est la mauvaise moitié de Médard qui est revenue.

 Alors que le vicomte sévit aux environs, coupant tout ce qu'il peut en deux, essayant d'empoisonner son neveu, et de brûler des maisons, son autre moitié revient à Terralba. Son neveu le découvre assez rapidement, et il essaie ensuite d'aider l'autre moitié, le gentil, à regagner la couronne ; cependant, ce dernier refuse car il ne voudrait pas léser la mauvaise moitié de son droit.

 Finalement, pour le cœur de Paméla, une jeune paysanne, le vicomte est amené à se battre en duel contre lui-même ; lors de ce duel, chacune des moitiés coupe l'autre en deux. Et, lorsque son recollées les quatre moitiés de vicomte ensemble, le nouvel être qui en est créé est au final de nouveau humain.

 Calvino traite également des huguenots, Français protestants contraints de fuir leur pays durant les guerres de religion au XVIème siècle. Il les tourne (gentiment) en dérision : en effet, dans Le Vicomte pourfendu, ceux-ci ont perdu leurs livres dans leur fuite et n'ont donc plus réellement de Bible, ni de guide ; ils ne récitent donc pas de prière par peur de se tromper, et se contentent de rester debout, l'air concerné. Ceci peut être vu comme une petite moquerie adressée aux religions, et surtout aux religieux qui ont perdu l'essence de la religion ; elle est cependant si légère qu'on ne peut réellement y voir de provocation.

 La morale de ce conte peut être comprise de la manière suivante : ni l'extrême méchanceté, ni l'extrême bonté, ne sont réellement humaines. La preuve en est que qu'aucun des deux Vicomtes n'arrive à s'intégrer dans la campagne, et que le Bon est rapidement rejeté comme le Mauvais. On peut voir ici une intéressante réflexion sur la nature humaine, qui se doit de mêler une part de bon et une part de mauvais, et d'accepter chacune des deux parties.

Il s'agit au final d'un conte assez agréable à lire, qui mélange l'humour - souvent noir - et l'absurde, dans un monde où les lépreux font la fête et les doigts coupés indiquent la route à suivre.

Citations

 Parce que moi, je fais du mal comme tout le monde en fait ; mais, à la différence des autres, j'ai la main sûr.

 « Hou ! Hou ! Ne te monte pas la tête. N'exagère rien ! » lui répondirent les vieux, comme toujours ils le font quand ce ne sont pas les jeunes qui leur répondent ainsi.

 Mon oncle était alors dans sa première jeunesse, âge où les sentiments n'ont qu'un élan confus dan lequel le bien et le mal ne sont point encore distincts, âge où l'amour de la vie rend chaude et trépidante toute expérience nouvelle, même inhumaine et macabre.