Haruki Murakami : L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

18/03/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera probablement moins riche que les critiques les plus récentes ! 

Présentation et résumé

 Haruki Murakami est un auteur japonais très secret ; il n'accorde que très peu d'interviews et ne semble nullement se vanter du succès mondial qu'il connaît aujourd'hui. Le « maître », comme beaucoup l'appellent, a commencé sa carrière professionnelle en dirigeant un club de jazz avant d'enseigner dans des universités aux Etats-Unis. Il a rencontré le succès dès son premier livre, Ecoute le chant du vent (1979).

 L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, publié en 2013, est un roman qui raconte l'histoire d'un homme, Tsukuru Tazaki, qui semble parfaitement anodin, insipide, incolore, pourrait-on dire, qui formait autrefois partie d'un groupe de cinq amis inséparables au sein duquel régnait une alchimie parfaite, un de ces cercles d'amis idéaux dont tout le monde rêve secrètement, avec lequel on découvre le monde et au sein duquel on se sent à sa place. Chacun de ses amis porte un nom rattaché à une couleur en Japonais : Bleu, Rouge, Blanche et Noire ; seul Tsukuru n'évoque pas de couleur, d'où son surnom d'incolore. Malheureusement, l'alchimie fut un jour rompu, de manière brutale et imprévisible ; la vie de Tsukuru s'en trouva radicalement changé et il devint quelqu'un de très effacé, ayant peur de se lier aux autres. Jusqu'au jour où une femme à laquelle il commence à s'attacher n'insiste pour qu'il comprenne pourquoi il fut ainsi rejeté.

Analyse

L'essentiel du roman consiste donc à revoir chacun de ses amis, deux hommes et deux femmes - dont il apprend que l'une d'elles est morte entre temps. La notion au cœur du livre est donc le temps, corde sensible pour nous tous avec laquelle Haruki Murakami joue pour nous émouvoir : ainsi, Tsukuru, le personnage principal, rêve souvent au temps passé, à ces moments idéaux passés au sein de son groupe d'amis, comme nous rêvons parfois des moments de notre tendre enfance en les idéalisant et, quelque part au fond de notre cœur, en les regrettant.

Le temps est une notion importante dans les rencontres avec ses amis, et peut être rapprochée de l'attitude de chacun envers Tsukuru.

La première rencontre est celle avec Bleu ; les deux amis n'ont qu'une demie heure pour parler, assis sur un banc dans un parc pendant qu'ils mangent. Pourtant, Bleu se conduit avec Tsukuru comme s'ils avaient toujours été amis et on comprend très bien qu'ils pourraient tout à fait redevenir amis, comme avant, tout naturellement. Le temps est cependant trop court, à ce moment, pour développer de nouveaux liens et Tsukuru pense clairement que « l'essentiel avait été dit ».

Le second, Rouge, bien que fort occupé, accorde beaucoup de temps à Tsukuru. Autant de temps qu'il voudrait, d'ailleurs, puisqu'on le sent désespéré de se raccrocher à Tsukuru ; il est en effet méprisé de beaucoup, seul dans sa vie malgré une grande réussite professionnelle, et paraît heureux de retrouver Tsukuru ; toutefois, celui-ci ne s'attarde pas, chassé par les silences gênants qui s'installent entre eux et, encore une fois, par l'impression que tout est dit très rapidement.

Il retrouve alors Noire en Finlande et, cette fois, se retrouve avec un intervalle de temps précisément défini : deux heures. Celle qui paraissait le plus hostile à son égard, qui aurait eu le plus de raisons de le détester, d'après ce que pense Tsukuru, se montre en vérité celle avec laquelle il achèvera son pélerinage de manière pleine et parfaite ; ces deux heures, deux ultimes heures puisque Tsukuru ne reviendra certainement jamais en Finlande, sont les plus profitables à sa longue quête de paix intérieure, c'est grâce à elles qu'il se sentira, enfin, complet.

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage est un livre nostalgique, tendre et poétique, parfaitement ancré dans le style de Murakami ; quelques thèmes fantastiques sont rapidement évoqués mais aucun n'est terminé - est-ce là une volonté de l'auteur ? Ils m'apparaissent personnellement plus comme des parties d'un chantier trop vaste qui auraient été laissées de côté, mais il ne s'agit ici que d'une interprétation personnelle.

On remarquera, même si cela ne vient en rien noircir le tableau, certains légers défauts de traduction, que ce soient des erreurs de syntaxe, de grammaire ou vocabulaires ; cependant, il ne s'agit de rien de flagrant. Rien, en tout cas, qui n'empêche de savourer ce superbe roman.

Citations

On peut mettre un couvercle sur ses souvenirs, mais on ne peut changer l'histoire.

Même en parlant à cœur ouvert, il y a des choses que l'on tait.

Certains, des écouteurs blancs d'iPod aux oreilles, étaient déjà plongés dans le petit monde personnel qu'ils transportaient partout.