Fiodor Dostoïevski : Crime et châtiment

20/02/2016

L'auteur

 Dostoïevski (1821-1881) est reconnu comme l'un des plus grands romanciers russes depuis plusieurs siècles ; son style, sa philosophie et sa vie tourmentée ont influencé de nombreux penseurs, écrivains et philosophes. Sa philosophie a été radicalement transformée à la suite d'un séjour de 4 ans au bagne - avant quoi il avait été condamné à mort. Ses oeuvres majeures sont Crime et châtiment (1866) et Les frères Karamazov (1880). 

Résumé

 Résumer une oeuvre de l'ampleur de Crime et châtiment en quelques lignes me force nécessairement à commettre quelques outrages ; je vais essayer d'être concis, d'aller droit au but, et de ne rien omettre.

 Pour faire court, le roman narre l'histoire de Raskolnikov (dont le nom, en Russe, suggère la "division"), un jeune étudiant démuni qui se met en tête de tuer une vieille usurière qu'il juge comme étant un poids pour la société. Le meurtre arrive assez rapidement (à la fin de la première des six parties) et son châtiment ne viendra que dans le prologue : en d'autres termes, ce n'est pas l'enjeu majeur du livre - et je ne viens pas de vous tuer tout le suspense en le racontant.

 Crime et Châtiment est en effet plus à considérer comme un livre dans lequel Dostoïevski expose ses théories philosophiques à travers l'exemple de Rasolnikov.

 Dans un Saint Petersburg misérable, pauvre et insalubre, un jeune homme prometteur et cultivé s'aliène petit à petit de la société. Pourquoi ? Il développe l'idée d'un "surhomme" (quelques années avant Ainsi parlait Zarathoustra (1883) de Nietzsche, et pas exactement avec la même signification). Il s'agit ici d'une personne extraordinaire de la carrure de Napoléon, qui pourrait s'arroger la prérogative de choisir qui doit vivre, et qui doit mourir. Raskolnikov, se voyant comme un Napoléon, méprise ses contemporains et, par conséquent, s'isole de la société. Le meurtre, qu'il considère d'un point de vue purement pragmatique comme étant l'opération par laquelle il peut retirer un poids à la société, le rapproche des nihilistes qui se développent en Russie dans les années 1850 et qui sont, entre autres, de purs matérialistes. Enfin, il est intéressant de remarquer que cette aliénation cesse lorsque Raskolnikov est envoyé au bagne, loin de la vile ville*, et, alors, il peut trouver en son coeur d'aimer la dévouée Sonia.

*(au cas où vous vous demanderiez, ça ne veut rien dire, c'était juste pour le jeu de mots)

Points positifs

 Un roman très plaisant à lire, dans lequel de nombreuses réflexions sont exposées. De très belles scènes, notamment celle durant laquelle Porfire Petrovitch prétend expliquer à Raskolnikov pourquoi il s'est "trompé" en le croyant coupable, et refait donc toute l'histoire du crime (en montrant à chaque fois comment il a pu être induit à croire qu'il s'agissait de Raskolnikov). Un moment de suspens incroyable, où l'on se demande jusqu'où va le double jeu de l'officier de police.

Point négatif

 Un roman assez lent, qui ne manquera pas d'irriter les impatients !

Citations

Se tromper à sa façon personnelle, n'est ce pas presque même mieux que de dire la vérité mais seulement d'après les autres ?g

Elle ne comprend pas qu'il est impossible que tout soit juste chez les humains.

Ce n'est pas devant toi que je me suis prosterné mais devant toute la souffrance humaine.

Il n'y a rien au monde de plus difficile que la sincérité ni de plus facile que la flatterie.