Ernest Hemingway : Le vieil homme et la mer

13/02/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera sans doute un peu moins riche que les critiques les plus récentes !  

L'auteur

Ernest Hemingway est un auteur marquant du Xxème siècle, de par sa vie d'aventurier comme de par son style d'écriture. D'une manière très simple et très épurée, il détaille dans Le vieil homme et la mer les pensées d'un pêcheur cubain, un homme simple, à travers des phrase courtes et ordonnées, et par de nombreuses litotes. Ce style d'écriture influença beaucoup ses contemporains et Hemingway fut récompensé de son travail d'écrivain en 1954, lorsque lui fut décerné le prix Nobel de littérature.

Présentation et résumé

Note : ayant lu la version anglaise, il se peut que les traductions que vous retrouvez dans cette critique ne correspondent pas au mot près à celles de la version française.

 Plus long qu'une nouvelle classique, mais nettement plus court qu'un roman, Le Vieil Homme et la mer est un texte particulier à beaucoup d'égards. Ecrit par l'auteur américain Ernest Hemingway à Cuba en 1952, ce récit raconte l'histoire d'un vieil homme qui part pêcher seul, au larges des côtes de La Havane, et qui rencontre un immense poisson. L'essentiel du récit tisse un lien entre le pêcheur et sa proie, action à travers laquelle Hemingay dépeint un aspect intemporel de la condition humaine : celui de la lutte de l'Homme contre la nature.

Analyse

Santiago, le protagoniste de cette nouvelle est un homme simple, un pêcheur au courant de sa condition : « "Quand le vieil homme avait-il atteint l'humilité? (..) Il savait que ce n'était pas honteux. Sa vraie fierté,il ne l'avait nullement perdue." » Son seul compagnon, la seule personne qui ait de la reconnaissance pour lui, est un jeune garçon qui à qui il a appris à pêcher mais qui ne peut plus exercer avec lui, ses parents lui interdisant car le vieil homme malchanceux ne pêche pas suffisamment de poissons.

Le vieil homme part donc seul en mer sur son esquif. Hemingway décrit avec forces détails les différentes manœuvres auxquelles s'adonne un pêcheur, si bien que le récit paraît parfaitement réaliste - aux yeux d'un lecteur n'ayant pas de connaissances approfondies en navigation maritime, tout du moins.

Assez rapidement loin des cotes, il fait alors la rencontre de ce poisson - qui mord à l'hameçon et reste pendant longtemps caché sous l'eau. Il faut presque un jour avant que le pêcheur ne soit confronté directement à sa proie et qu'il comprenne l'immensité de celle-ci ; mais il est trop tard pour faire demi-tour : Santiago est un homme simple et doit faire jusqu'au bout ce qu'il a à faire.

La traque dure en tout 3 jours et 2 nuits, un laps de temps suffisant pour que l'on se rapproche du pêcheur. En effet, au fur et à mesure du texte, les passages écrits à la première personne deviennent de plus en plus fréquents mais d'une manière si subtile que l'on en prend à peine conscience ; captivés par la traque du poisson, nous pénétrons dans l'histoire et très rapidement épousons les pensées du vieil homme. Ces réflexions ne sont guère métaphysiques : il le dit lui-même, il n'est pas un homme à penser et il y a des gens payés pour faire cela.

Les trois pensées récurrentes sont déroutantes : le vieil homme répète souvent « J'aurai aimé que le garçon soit avec moi », révélant une solitude qui disparaît cependant à partir d'une certaine étape de la traque, lorsque le pêcheur commence à admirer le poisson ; la deuxième pensée concerne son état physique, le vieil homme analysant avec un calme et une rationalité étonnantes sa situation, et la troisième à propos du grand DiMaggio, joueur de baseball américain : « Qu'est ce que le grand DiMaggio aurait pensé de moi ? ».

Le vieil homme est rapidement pris d'admiration pour le poisson, qui résiste si bien et qui est si robuste : l'Homme, d'une certaine manière, aime son ennemi puisqu'il lui donne une raison d'être. Naturellement, une fois la capture effectuée, Santiago éprouve beaucoup de peine, regrettant son action - non pas réellement d'avoir tué le poisson, mais plutôt de l'avoir gâché. D'autant plus que sur le chemin du retour, il doit se battre contre des nuées de requins qui dévorent sa proie petit à petit, revers de la médaille de son exploit.

Hemingway illustre donc comment la lutte de l'Homme contre la nature, si elle peut sembler victorieuse parfois, est en réalité condamnée à l'échec : l'Homme n'est pas en mesure de défendre ses conquêtes face à ce qui pourrait être considéré comme la vengeance de la nature.

Pour le vieil homme, la mer est le lieu de la victoire puisqu'il a réussi à capturer cette incroyable proie, mais aussi et surtout celui de l'échec puisqu'il ne peut en ramener au village que le squelette, qui ne lui servira que de preuve pour satisfaire un certain ego et non pas pour nourrir les villageois.

Citations

Mais l'homme ne doit jamais s'avouer vaincu, dit-il. Un homme, ça peut peut être détruit, mais pas vaincu.

C'est très bien d'avoir de la veine, mais j'aime encore mieux faire ce qu'il faut. Alors quand la veine arrive, on est fin prêt.

D'ailleurs, pensa-t-il, tout le monde tue d'une manière ou de l'autre. La pêche me tue au moins autant qu'elle me fait vivre.