David Lodge : La vie en sourdine

12/12/2015

Présentation et résumé

Note : lu en anglais, quelques traductions peuvent être approximatives.

 David Lodge est un auteur britannique né en 1935. Il a d'abord été professeur à l'université de littérature de Birmingham avant se retirer pour devenir écrivain à plein temps ; il est, entre autres distinctions, Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Il a écrit de nombreux textes, principalement des romans (Changement de décor (1975), Un tout petit monde (1984)), mais aussi quelques essais, du théâtre et un recueil de nouvelles.

 La vie en sourdine (2008) est son dernier roman en date. Il raconte l'histoire de Desmond Bates, un professeur de linguistique à la retraite, qui lutte avec son âge, son problème de surdité de plus en plus handicapant, son père très âgé qui devient de plus en plus dépendant, et Alex Loom, une étudiante intrigante qui lui demande de l'aide pour sa thèse à propos des lettres de suicide. Ecrit à la manière d'un journal intime, La vie en sourdine est un roman rempli d'humour qui aborde avec sensibilité les problèmes de la vieillesse.

Analyse

 Desmond écrit généralement à la première personne, parfois à la troisième - à une occasion, cet écart est justifié comme étant un exercice de style ; à une autre, il s'agit plutôt pour le héros de se distancier de l'histoire qu'il raconte, qu'il trouve très gênante.

 Desmond vit en effet des situations particulièrement embarrassantes pour lui, et spécialement drôles pour nous, à travers les pages de La vie en sourdine, souvent associées à ses problèmes d'audition. Dans le premier chapitre, par exemple, il est en train de parler avec une jeune fille (Alex Loom), mais ne comprend pas un traître mot de ce qu'elle dit ; aussi, lorsqu'ils se serrent la main comme s'ils venaient de conclure un contrat, lui n'est pas même capable de dire son nom, et encore moins de restituer une phrase complète qu'ils aient eu pendant les dix minutes de leur 'conversation'.

 La vie en sourdine raconte un certain nombre de situations de ce genre, toujours avec humour, mais l'on comprend rapidement à quel point les problèmes d'audition peuvent être pénibles pour ceux qui en souffrent.

 Il aborde également des thématiques assez sérieuses, telles que la mort du père du narrateur, de manière très touchante mais avec un pragmatisme qui permet parfaitement d'échapper au mélodramatique.

 Le personnage d'Alex Loom reste très fascinant pour moi, car on ne saura jamais si elle est en effet une menteuse compulsive ou si un mauvais concours de circonstances joue en sa défaveur, bien que cette seconde hypothèse semble moins probable.


 La vie en sourdine est également rempli de références à la littérature anglaise, et de commentaires de Lodge sur le monde moderne : à travers son journal de bord, Desmond évoque réellement tous les éléments qui composent la vie d'un universitaire à la retraite, un profil qui ressemble parfaitement à celui de David Lodge lui-même.

 A noter, le jeu de mot que l'on perd en passant de l'anglais au français : le titre original est Deaf sentence [condamnation à la surdité], qui ressemble énormément à death sentence [peine de mort].

 Le manque de trame narrative peut déconcerter au début, mais c'est un roman qui est parfaitement agréable à lire et c'est le plaisir de le lire qui nous y ramène systématiquement.

 Un roman très agréable, donc, qui ne figure certes pas parmi les lectures impératives de l'année, mais qui est idéal si l'on cherche un livre léger et plaisant.

Citations

Comme toutes les personnes malentendantes, il trouvait cela plus facile de parler plutôt que d'écouter.

La surdité est une sorte d'avant gout de la mort. Une très longue introduction au long silence dans lequel nous finissons tous par sombrer.

Il y a au moins une chose que nous autres les sourdingues réussissons à faire dans une réception, c'est de déclencher le rire des gens avec nos bourdes, et ils n'ont pas se plaindre de moi en la circonstance.