Auður Ava Ólafsdóttir : Rosa Candida

19/11/2016

Tout en délicatesse et en douceur, un des coups de coeur de l'année !

L'auteur

 Auður Ava Ólafsdóttir est une écrivaine et professeure d'histoire de l'art islandaise née en 1958. Elle a publié plusieurs romans, tous parus aux éditions Zulma, parmi lesquels le très remarqué Rosa candida (2010), ou L'Exception (2014) qui lui a valu le prix littéraire des jeunes Européens.

L'oeuvre

 Arnljotur est un jeune homme âgé de 22 ans, qui n'a dans la vie pas réellement d'autre centre d'intérêt que la culture des plantes. Lorsque le roman s'ouvre, il quitte son père chez qui il vivait encore, pour aller dans un monastère où il a pour mission de redonner vie au jardin d'un monastère qui fut, autrefois, la plus belle roseraie du monde. Premier souci : à peine est-il entré dans l'avion qu'il commence une crise d'appendicite, qui nécessitera plusieurs jours d'hospitalisation.

 Tout le roman est construit ainsi, à partir de rebondissements parfaitement inattendus mais pourtant frappants de plausibilité. C'est sans doute parce que c'est la vie quotidienne qui est scrutée et donnée à voir dans ce roman, rien de fantasque ni de fantasmé : toutes les situations sont éminemment banales, et pourtant ô combien passionnantes. Ce qui rend le roman si passionnant, c'est probablement le regard que pose Arnljotur sur le monde qui l'entoure : celui d'un type dans l'ensemble plutôt doué, mais qui ne sait en réalité rien faire, parce qu'il n'a pas encore eu l'occasion de s'exercer. C'est le regard d'un jeune homme qui se lance dans le monde et dans la vie, et qui est complété de manière extrêmement touchante par celui de son père de soixante dix neuf ans, qui, lui non plus, ne sait pas faire grand chose et passe son temps à appeler son fils pour lui demander des recettes, pour savoir comment "maman aurait fait" si elle n'était pas morte dans un accident de voiture le jour de son anniversaire. Arnljotur n'est pas plus aidé par son frère jumeau mentalement retardé.

 Une fois ceci compris, on s'imagine aisément le plaisir que l'on a à découvrir que Flora Sol, la fille de Arnljotur et d'Anna, une amie qu'il connaît vaguement, compagne d'une demi-nuit (d'un "quart de nuit", pour être précis), s'invite au monastère dans le nouveau quotidien du jeune homme. Et c'est d'autant plus plaisant de découvrir qu'Anna souhaite rester aussi, jeune mère qui ne sait pas plus comment gérer la moindre situation que son amant d'un moment.

 Rosa candida est donc un livre de maladroits, un livre de débutants, qui ne se veut absolument pas moraliste ou didactique ; Olafsdottir donne à voir des scènes touchantes, les analyse à travers le regard confus d'Arnljotur, et nous montre comment cette famille improbable essaie de s'en sortir. Face à toutes ces questions, le jeune homme se tourne vers un de ses amis prêtres, un cinéphile qui lui propose une éducation sentimentale à la faveur de films d'art et d'essai. Le tout est écrit dans une langue soignée, avec une grande attention accordée aux couleurs et aux sentiments, et présente des situations manipulées par un humour léger et pertinent.

 Rosa candida est un roman étonnant. S'il fallait le décrire en un mot, c'est ainsi que je le ferais ; mais puisque je dispose de plus pour essayer de le définir, j'ajouterai qu'en plus d'être profondément surprenant dans sa construction et les situations qu'il convoque, il est aussi incroyablement touchant, empreint d'un humour très agréable et aussi très beau. Un livre à lire, donc, qui fait sans doute partie de mes coups de coeur de l'année.

Citations

Lorsque le corps a épuisé ses ressources ce sont les mots qui prennent le relais.

Vivre avec une autre personne c'est du gâteau, à condition de coucher ensemble.

J'ai tendance à croire que l'homme est, par nature et en gros, bon et honnête si les circonstances le permettent et que les gens s'efforcent généralement de faire de leur mieux.