Antoine de Saint-Exupéry : Terre des Hommes

15/01/2015

Note : Vous lisez une fiche relativement ancienne, elle sera probablement un peu moins riche que mes critiques plus récentes !

L'auteur

Antoine de Saint-Exupéry est un écrivain et aviateur français. Né en 1900, mort en 1944 abattu par un avion allemand durant une mission, il a vécu une vie animée et chargée d'aventures et d'histoires qu'il a un talent particulier pour raconter. Son livre le plus connu est bien entendu Le petit prince, un conte pour enfant qui peut se lire à tout âge, mais il a également écrit plusieurs romans contant ses aventures ou décrivant ses réflexions, parmi lesquels Terre des Hommes (1939) ou Pilote de guerre (1942).

Terre des Hommes est un recueil d'essais autobiographiques écrit par Antoine de Saint-Exupéry, datant de 1939. Il a reçu le grand prix du roman de l'Académie française et a été traduit dans de nombreux pays.

Dans ce récit, l'écrivain aviateur raconte plusieurs étapes marquantes de sa vie : ses débuts à la compagnie aéropostale, ses diverses traversées du désert, les jours d'errance dans le Sahara à la suite d'un accident d'avion, mais également l'aventure incroyable de son ami Mermoz, qui s'est échoué dans la cordillère des Andes et a survécu à cinq jours de marche, sans manger ni boire, dans le froid des montagnes sud-américaines.

Il n'y a pas de réelle continuité entre les différentes sections du livre, qui sont au nombre de huit : La ligne, Les Camarades, L'avion, L'avion et la planète, Oasis, Dans le désert, Au centre du désert et enfin Les hommes. Toutefois, comme dans un recueil de nouvelles, chacune présente un lien avec le titre et est constitue un cheminement nécessaire pour arriver à la dernière partie dans laquelle on comprend la signification de '' terre des hommes ''.

Analyse

Aviateur et écrivain, Antoine de Saint-Exupéry est surtout poète. Tous ses textes sont emprunts d'un incroyable lyrisme ; la poésie est présente aussi bien dans son style (1) que dans ses pensées (2) (voir citations).

Saint-Exupéry a beaucoup à raconter, ayant beaucoup voyagé, découvert le monde et les hommes, et il a la plume pour le faire : chacun de ses livres est de ce fait une perle qu'il faut avoir admirée au moins une fois dans sa vie.

Il cherche à travers ce livre comme il a cherché dans sa vie ''la vérité de l'homme'' : pourquoi son camarade Mermoz, alors qu'une mort douce et bienheureuse s'annonçait à lui, a soudainement trouvé des forces insoupçonnées pour reprendre le chemin et partir retrouver ses pairs ? Pourquoi Beck, cet esclave affranchi grâce à Saint-Exupéry et aux autres pilotes français, a désespérément besoin de reconnaissance, lui qui était berger du temps de sa gloire, puis esclave après cela ? Pourquoi Saint-Exupéry lui-même n'a trouvé la vraie paix qu'allongé sur le sable, dévoré par un soleil brûlant ?

'' J'ai trahi mon but si j'ai paru vous engager à admirer d'abord les hommes. Ce qui est admirable d'abord, c'est le terrain qui les a fondés. ''

C'est ainsi, aussi simplement, que l'on peut répondre aux questions. Lesquelles ? Toutes. Nous sommes devenus ce que nous sommes sculptés par notre environnement. Mermoz n'aurait pas continué sa route s'il n'avait pas dû retrouver sa femme, qui est son terrain ; Beck l'esclave cherchait à retrouver sa terre, son royaume, berger régnant en monarque sur son troupeau.

Si il s'agit ici d'une belle considération, la réflexion finale est bien plus morbide. La conclusion du récit, en effet, est que la terre qui nous façonne tous est gangrenée ; le monde d'aujourd'hui (les années 1940, rappelons-le) écrase et broie indifféremment les hommes. Si bien que ce petit garçon que Saint-Exupéry observe tendrement à la fin, qui a l'air d'être un présent des dieux, mais sera un jour '' marqué par la machine à emboutir '' : malheureusement transformé par la société humaine, cette terre des hommes désormais viciée.

Citations

(1) Enfoui dans le sable jusqu'à la nuque, et lentement égorgé par la soif, j'ai eu si chaud au coeur sous ma pèlerine d'étoiles

 Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n'est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur.

Je ne regrette rien. J'ai joué, j'ai perdu. C'est dans l'ordre de mon métier. Mais, tout de même, je l'ai respiré, le vent de la mer.

La grandeur d'un métier est peut être, avant tout, d'unir des hommes : il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines.